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 Textes grecs

 

 


 

PAUSANIAS, X, 28 (Phocide), texte grec :

http://www.perseus.tufts.edu/cgibin/ptext?doc=Perseus%3Atext%3A1999.01.0159%3Abook%3D10%3Achapter%3D28%3Asection%3D1&.submit=Change+now

Pausanias décrit ainsi le mur à gauche de l'entrée du portique, peint par Polygnotos de Thassos et cite à ce propos deux vers de Minyas :

L'autre partie de la peinture, à gauche, représente la descente d'Ulysse au lieu dit "Hadès", pour interroger l'âme de Tirésias et savoir comment rentrer sain et sauf dans sa patrie. L'image se présente ainsi : de l'eau semble représenter un fleuve, de toute évidence l'Achéron, des roseaux y poussent, et les formes des poissons sont si indistinctes qu'on les prendrait plutôt pour des ombres de poissons. Sur le fleuve se trouve un bateau, son batelier aux avirons. Polygnotos, me semble-t-il, suit le poème Minyas. En effet, dans Minyas, on fait référence à Thésée et Pirithoüs en ces termes : "A cet endroit, en vérité, le bateau des morts, que mène le vieux nocher Charon, ils ne le trouvèrent pas sur le rivage." C'est pourquoi Polygnotos a représenté Charon comme un vieillard.


 

ESCHYLE, les Sept contre Thèbes, 854-850, texte établi et traduit par Paul Mazon, Les Belles Lettres, 1976

Après la mort d'Etéocle et de Polynice, le chœur, représenté par les femmes thébaines, se lamente. Charon lui-même ici n'est pas nommé, mais sa barque s'équipe de voiles noires et la traversée de l'Achéron est le contrepoint négatif de la joyeuse procession en l'honneur de d'Apollon vers l'île de Délos.

Allons, mes amies, qu'au vent des sanglots vos bras battent autour de vos fronts l'entraînante cadence de nage qui, de tout temps, à travers l'Achéron, a su faire passer la lourde nef aux voiles noires, avec ses pèlerins, jusqu'à la rive ignorée d'Apollon, la rive sans soleil, hospitalière et ténébreuse.


 

EURIPIDE, Alceste,, texte établi et traduit par Louis Méridier, Les Belles Lettres, 1961

V 252-269

http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/ptext?doc=Perseus%3Atext%3A1999.01.0087&query=card%3D%2319&layout=&loc=257


Admète apprenant que le destin a décidé de sa mort essaie, pour échapper à son sort, de se trouver un "remplaçant". Ses parents refusent contre toute attente de mourir à sa place. Seule son épouse, Alceste, accepte de se dévouer pour lui. Sentant la mort approcher, elle est prise de délire devant les visions du monde souterrain qui l'assaillent.

V 435-444

http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/ptext?doc=Perseus%3Atext%3A1999.01.0087&query=choral%3D%233

Le chœur des serviteurs accompagne Admète, portant le corps d'Alceste


 

ARISTOPHANE, les Grenouilles, 180-208, texte établi par Victor Coulon, traduit par Hilaire Van Daele, Les Belles Lettres 1954

http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/ptext?doc=Perseus%3Atext%3A1999.01.0031&layout=&loc=180

La pièce fut jouée en 405, au lendemain de la mort d'Euripide (407) et de Sophocle (406). En ces temps troublés, la question cruciale que pose Aristophane est de savoir si la gloire littéraire d'Athènes risque de suivre son déclin militaire. A ses yeux, le poète Eschyle représente l'époque glorieuse, Euripide en revanche, l'époque de décadence qui suivit. Ce sont ces préoccupations qui constituent le thème de sa comédie. Dans la première partie, Dionysos, dieu du théâtre, décide de se rendre aux Enfers pour aller chercher Euripide, le dernier grand poète qui vient de mourir, en compagnie de son esclave, Xanthias. Héraclès lui fournit les renseignements nécessaires à ce voyage, l'ayant fait lui-même en d'autres circonstances. En particulier, il l'informe de la taxe, non pas d'une seule obole, mais de deux oboles qu'exige Charon pour le passage.(v 142) Ce taux auquel Aristophane fait allusion était celui d'un grand nombre de salaires ou d'indemnités à Athènes. Si l'esclave Xanthias n'est pas admis dans la barque de Charon, Dionysos ,quant à lui, est contraint de ramer, au rythme du chant des grenouilles, jusqu'à en avoir ampoules et courbatures.


 

ANTHOLOGIE PALATINE, Livre VII, épigrammes funéraires, 365, 67, traduites par Pierre Waltz, Les Belles Lettres 1960

Le genre de l'épigramme funéraire s'adapte particulièrement à une évocation concise du monde des Enfers et plus particulièrement de Charon. Si on retrouve les lieux communs habituels, certaines épigrammes dédiées à Diogène font écho aux Dialogues de Lucien, mettant en scène la philosophe cynique. Ses modestes biens ne risquent pas de faire chavirer la barque et plus rien ne le rattache au monde des vivants.


 

LUCIEN DE SAMOSATE (125-190 après J-C), Dialogues des Morts (Textes grecs : Classiques Athéna , Hachette) ;
Dialogue des Morts IV : Charon et Hermès règlent leurs comptes

Charon, associé à Hermès pour veiller à l'embarquement des morts, est le personnage central de plusieurs dialogues. L'un d'eux porte même son nom, Charon ou les Contemplateurs, où, loin de jouer son rôle habituel de passeur de morts, il décide d'aller voir comment se conduisent les vivants. Il demande à Hermès de le piloter sur terre et de lui fournir le meilleur observatoire qui soit pour réaliser son entreprise. Dans les Dialogues des Morts ,il reste fidèle à lui-même et la réception des morts dans sa barque est le prétexte à des considérations morales sur l'argent, la décadence des mœurs, la vanité des hommes.

Hermès : Comptons, s'il te plaît, nocher, combien tu me dois, afin d'éviter toute discussion à l'avenir.
Charon : Très volontiers, Hermès ; aussi bien, c'est le parti le meilleur et le plus sûr.
Hermès : je t'ai apporté, sur ta demande, une ancre : cinq drachmes.
Charon : C'est bien cher.
Hermès : Par Pluton, je l'ai payée cinq drachmes, plus une courroie pour attacher la rame : deux oboles.
Charon : Mets cinq drachmes, deux oboles.
Hermès : Plus une aiguille pour coudre la voile ; déboursé : cinq oboles.
Charon : Ajoute cinq oboles.
Hermès : Plus, de la cire pour boucher les trous de ta barque ; des clous et un bout de corde dont tu as fait une attache d'antenne : le tout deux drachmes.
Charon : C'est bien, c'est le prix.
Hermès : Voilà tout…à moins que je n'ai oublié quelque chose dans mon calcul. Quand me rendras-tu cela ?
Charon : Pour le moment, Hermès, c'est impossible. Mais que la peste ou la guerre m'envoie du monde, et je pourrai faire quelque argent, en augmentant en douce le prix du passage.
Hermès : Je n'ai donc plus qu'à invoquer tranquillement tous les fléaux possibles, pour être payé un jour ?
Charon : Impossible autrement, Hermès, tu le vois bien toi-même, il me vient bien peu de monde, car c'est la paix.
Hermès : C'est mieux ainsi, même si je dois attendre encore longtemps que tu paies ta dette. Mais, t'en souviens-tu, Charon, ceux qui venaient autrefois étaient tous d'un tempérament vigoureux et sanguin ; la plupart couverts de blessures ; tandis qu'à présent c'est un homme empoisonné par sa femme ; un autre dont la débauche a fait enfler le ventre ou les jambes ; ils sont tous pâles et débiles ; bien différents des autres. La plupart d'entre eux, à ce qu'il paraît ne viennent ici qu'en se prenant aux pièges qu'ils se dressent réciproquement pour se ravir leurs biens les uns aux autres.
Charon : C'est que l'argent est une chose très désirable.
Hermès : Alors il paraît que je n'ai pas tort de me montre un peu pressant à réclamer mon dû.


 

LUCIEN DE SAMOSATE (125-190 après J-C), Dialogues des Morts (Textes grecs : Classiques Athéna , Hachette) ;
Dialogue XXII.:Charon, Ménippe et Hermès

Charon : Paie-moi ton passage, misérable.
Ménippe : Tu peux crier, Charon, si cela t'amuse.
Charon : Paie-moi, te dis-je, la peine que j'ai prise de te passer
Ménippe : Qui n'a rien, ne peut rien donner.
Charon : Qui donc n'a pas une obole ?
Ménippe : Tout le monde en a peut-être ; mais moi, je n'en ai pas.
Charon : J'en atteste Pluton, vaurien, je t'étrangle, si tu ne me paies.
Ménippe : Et moi, d'un coup de bâton, je te brise la tête
Charon : C'est donc pour rien que tu auras fait une si longue traversée ?
Ménippe : Que Mercure paie pour moi, puisque c'est lui qui m'amène.
Hermès : Par Zeus, où en serais-je, s'il me fallait payer pour les morts ?
Charon : Je ne te lâcherai pas
Ménippe : A ce compte, tu peux tirer ta barque au sec et attendre. Aussi bien, ce que je n'ai pas, comment pourrais-tu le prendre ?
Charon : Tu ne savais pas qu'il fallait apporter de l'argent ?
Ménippe : Je le savais, mais je n'en avais pas. Et quoi ! fallait-il pour cela ne pas mourir ?
Charon : Toi seul, donc, tu te vanteras d'avoir navigué gratis ?
Ménippe: Pas gratis, mon cher, car j'ai écopé, je t'ai aidé à ramer, et je suis le seul de tous les autres passagers à ne pas avoir pleuré.
Charon : Ce n'est pas le problème du nocher. Tu dois payer ton obole, car il n'est pas permis qu'il en soit autrement.
Ménippe : Ramène-moi donc à la vie
Charon : Tu plaisantes, pour cela je devrais recevoir des coups de la part d'Eaque.
Ménippe : Ne m'embête donc pas.
Charon : Montre ce que tu as dans ta besace.
Ménippe : Des lupins, si tu veux, et le dîner d'Hécate
Charon : D'où nous sors-tu ce chien-là, Hermès ? Comme il bavardait tout au long de la traversée, se moquant et riant de tous les autres passagers, lui seul chantait, alors qu'eux pleuraient.
Hermès : Ignores-tu, Charon, quel homme véritablement libre tu viens de faire traverser ? C'est Ménippe.
Charon : Ah, si jamais je t'attrape…
Ménippe : Si tu m'attrapes, mon cher ? Tu ne saurais m'attraper deux fois.


 

LUCIEN DE SAMOSATE, Tome 2, Opuscule 19, La Traversée pour les Enfers ou le Tyran,I, 18,19, texte établi et traduit par Jacques Bompaire, Les Belles Lettres 1998

Ce traité est là encore un dialogue "ménippé", au ton mi-sérieux mi-comique. La leçon de morale est celle du cynisme qui renverse chez Hadès la hiérarchie de la société humaine : condamnation du riche et du tyran, éloge du pauvre : le cordonnier Mycille, du philosophe cynique : Cyniscos qui sert d'arbitre lors du procès du tyran. A propos de Charon et de la traversée, on retrouve les thèmes des Dialogues, le pauvre et le Cynique n'ont pas l'argent pour passer, mais sont prêts à aider aux manœuvres et à la navigation, à chanter plaisamment quand les autres se lamentent.


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